L’allaitement maternel exclusif revient au cœur des priorités nationales en Côte d’Ivoire. Le 23 juin 2026, à Abidjan-Cocody, le Comité national pour la Promotion, la Protection, le Soutien à l’Allaitement et le Développement de la Petite Enfance, CNAPE, a tenu une réunion de coordination dédiée à la préparation d’une campagne nationale de promotion et de soutien à l’allaitement.
Cette initiative, portée par le Bureau de coordination du Conseil national pour l’Alimentation et la Nutrition, CONANUT, s’inscrit dans la mise en œuvre du Plan national multisectoriel d’Accélération de l’Allaitement, PNMA 2026-2027. L’objectif est ambitieux : porter le taux d’allaitement exclusif à 50 % d’ici 2027, contre 25,3 % actuellement selon les données communiquées par les autorités ivoiriennes.
Pourquoi l’allaitement maternel exclusif est un enjeu national
L’Organisation mondiale de la Santé recommande l’allaitement exclusif pendant les six premiers mois de vie, puis la poursuite de l’allaitement avec une alimentation complémentaire adaptée jusqu’à deux ans ou plus.
En Côte d’Ivoire, la situation interpelle. Selon Dr Patricia Yoboué N’goran, coordonnatrice du CONANUT, 96,9 % des femmes ivoiriennes allaitent. Pourtant, le taux d’allaitement exclusif est passé de 34 % en 2021 à 25,3 % en 2025. La mise au sein dans l’heure qui suit la naissance a également reculé, passant de 36,6 % à 26,1 % sur la même période.
Ces chiffres montrent qu’il ne suffit pas d’allaiter : il faut aussi accompagner les mères pour que les nourrissons bénéficient pleinement du lait maternel dès les premiers instants de vie.
Allaitement maternel exclusif : un levier puissant pour la santé de l’enfant
Le lait maternel apporte au bébé les nutriments dont il a besoin pendant ses six premiers mois. Il contribue aussi au renforcement du système immunitaire, au développement cognitif et au lien affectif entre la mère et l’enfant. L’UNICEF rappelle que l’allaitement exclusif est essentiel pour la nutrition, la protection et le développement du nourrisson.
En d’autres termes, promouvoir cette pratique, c’est investir dans la santé publique, l’éducation future et le capital humain du pays.
1. Renforcer la sensibilisation des familles
Le premier défi reste l’information. Beaucoup de mères, de pères et de proches ignorent encore que le nourrisson n’a généralement pas besoin d’eau ni d’autres aliments avant six mois. Des campagnes communautaires, des messages radio, des contenus digitaux et des séances de sensibilisation dans les centres de santé peuvent aider à corriger les idées reçues.
2. Lutter contre les croyances et normes sociales défavorables
La coordonnatrice du CONANUT a insisté sur la nécessité de lever les freins liés aux perceptions négatives et aux normes sociales. Dans certaines familles, des pratiques traditionnelles conduisent à introduire trop tôt de l’eau, des tisanes ou d’autres aliments. La réussite du PNMA dépendra donc aussi de l’implication des leaders communautaires, religieux et traditionnels.
3. Former les agents de santé
Les sages-femmes, infirmiers, médecins et relais communautaires jouent un rôle déterminant. Ils doivent être capables d’expliquer les bons gestes, d’encourager la mise au sein précoce et d’accompagner les mères en cas de difficultés. Une mère bien conseillée dans les premières heures après l’accouchement a plus de chances de poursuivre l’allaitement dans de bonnes conditions.
4. Mieux coordonner les actions du PNMA 2026-2027
La réunion du CNAPE a permis de préciser les responsabilités des différentes parties prenantes. Cette coordination est indispensable pour éviter les actions isolées et garantir une intervention cohérente sur tout le territoire. Le PNMA implique plusieurs ministères et partenaires techniques, dont l’OMS et l’UNICEF, avec une cible nationale de 50 % d’allaitement exclusif d’ici 2027.
5. Faire de l’allaitement une norme sociale positive
Comme l’a rappelé Dr Patricia Yoboué N’goran, chaque enfant nourri au lait maternel est mieux armé pour grandir, apprendre et contribuer à la prospérité du pays. Pour y parvenir, l’allaitement doit être présenté non comme une contrainte, mais comme un geste naturel, valorisé et soutenu par toute la société.
Une campagne nationale attendue en juillet 2026
Le lancement de la Campagne nationale de promotion et de soutien à l’allaitement est prévu en juillet 2026, sous la présidence du Vice-Président de la République, Tiémoko Meyliet Koné. Cette campagne devra mobiliser les familles, les professionnels de santé, les institutions publiques, les médias et les communautés locales.
Son succès dépendra de la capacité à transformer les messages en comportements durables, notamment dans les foyers, les maternités et les espaces communautaires.
L’allaitement maternel exclusif est bien plus qu’une recommandation médicale. C’est une stratégie nationale pour améliorer la santé des enfants, réduire les risques nutritionnels et renforcer le développement de la petite enfance. Avec le PNMA 2026-2027 et l’engagement du CNAPE, la Côte d’Ivoire dispose d’un cadre solide pour inverser la tendance. Le défi est désormais clair : faire de l’allaitement maternel exclusif une pratique soutenue, comprise et adoptée dans chaque foyer ivoirien.
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