La dissolution des partis politiques au Mali : une menace pour la démocratie

La dissolution des partis politiques au Mali est aujourd’hui au cœur des préoccupations de la classe politique et de la société civile. Face à une junte militaire qui resserre son emprise depuis les coups d’État de 2020 et 2021, une coalition d’une centaine de partis a fait entendre sa voix pour préserver le pluralisme et la liberté d’expression dans le pays.

Contexte historique et politique

Depuis la prise du pouvoir par les colonels menés par Assimi Goïta, le Mali vit sous un régime où toute opposition est traitée avec méfiance, voire répression. Après la promulgation d’une nouvelle Constitution en juillet 2023, promise comme une sortie de crise, les autorités ont pourtant reporté indéfiniment l’élection présidentielle prévue pour mars 2024. Dans ce contexte, les partis d’opposition dénoncent des « concertations » purement formelles encadrées par la junte.

Les concertations : élaboration d’une charte des partis

Depuis deux semaines, les autorités organisent des réunions pour rédiger une charte des partis politiques. Sur la table : la proposition choc de réduire à une poignée les formations autorisées, en supprimant ou suspendant tous les autres acteurs politiques. Inspirée des recommandations des Assises nationales de refondation de décembre 2022, cette charte vise officiellement à « construire une solution de sortie de crise », mais ses détracteurs y voient une manœuvre pour légaliser la dissolution des partis politiques au Mali.

La réaction de la coalition et les principales revendications

Lors d’une conférence de presse exceptionnelle, tenue le 26 avril dernier à la Maison de la Presse de Bamako sous haute surveillance policière, Abdallah Yattara (parti Yelema) et Mountaga Tall (président de la coalition) ont dénoncé « une pseudo-consultation » et exigé le respect de la Constitution malienne. Selon eux :

  • La Constitution garantit la liberté d’association et interdit toute limitation arbitraire.

  • Il n’existe aucune disposition permettant de dissoudre un parti déjà reconnu légalement.

  • Les véritables défis sont ailleurs : insécurité croissante, cherté de la vie, crise sanitaire et défaillance du secteur éducatif.

Impact régional : comparaison avec le Sahel

Au Niger et au Burkina Faso voisins, également dirigés par des juntes militaires alliées, la dissolution des partis s’est déroulée sans cadre constitutionnel. Au Mali, l’existence d’un texte fondamental aurait dû protéger le pluralisme. Pourtant, les similitudes sont frappantes : suspension des activités politiques, exemption de tout contrôle indépendant, puis proposition de ne conserver que les partis « loyaux » au régime.

Enjeux pour la démocratie malienne

La perspective de voir disparaître massivement les formations politiques menace directement :

  1. Le pluralisme, fondement de tout système démocratique.

  2. La participation citoyenne, car sans partis diversifiés, les citoyens n’ont plus de relais pour exprimer leurs revendications.

  3. La stabilité institutionnelle, puisque l’absence d’alternance renforce le pouvoir personnel des militaires.

Les partis de la coalition affirment néanmoins leur solidarité avec l’armée pour garantir la sécurité, tout en réclamant un véritable retour à l’ordre constitutionnel et la tenue rapide d’élections libres et transparentes.

Perspectives et échéances

Le rendez-vous décisif sera la publication de la charte des partis. Si le texte intègre la dissolution ou la suspension massive, la mobilisation devra monter d’un cran : manifestations, recours devant la Cour constitutionnelle (si indépendante), pressions de la communauté internationale. À l’inverse, un compromis respectueux de la loi fondamentale pourrait ouvrir une fenêtre pour un dialogue politique plus inclusif.

Lire l’article complet : Attaque jihadiste au Niger : retour sur l’embuscade mortelle de Sakoira

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *