La rencontre Assimi Goïta Vladimir Poutine, survenue le 23 juin 2025 au Kremlin, marque un tournant diplomatique et militaire majeur dans les relations entre le Mali et la Russie. Dans un contexte régional tendu, cette visite officielle du président de la transition malienne en Russie pourrait bien redessiner les équilibres géopolitiques de l’Afrique de l’Ouest.
Une rencontre officielle très médiatisée à Moscou
Le général Assimi Goïta, arrivé à Moscou la veille, a été accueilli avec les honneurs réservés aux chefs d’État stratégiques. Le président russe Vladimir Poutine l’a reçu au Kremlin pour une série d’échanges bilatéraux de haut niveau. Des documents de coopération ont été signés, touchant plusieurs domaines : défense, transports, énergie, ressources naturelles et même nucléaire civil.
Fait rare, cette visite a bénéficié d’une large couverture médiatique en Russie. Les grandes chaînes fédérales, comme Pierviy Kanal, ont relayé la rencontre, mettant en avant la coopération militaire croissante entre les deux pays. Cette attention inhabituelle montre à quel point Moscou considère désormais Bamako comme un partenaire stratégique dans sa politique africaine.
La fin de Wagner, le début d’Africa Corps
Ce rapprochement survient dans un contexte de profondes mutations sécuritaires au Mali. Le départ du groupe paramilitaire russe Wagner, présent dans le pays depuis 2021, a été récemment confirmé. Wagner laisse place à une nouvelle entité baptisée Africa Corps, désormais placée sous le contrôle direct du ministère russe de la Défense.
Cette transition militaire n’est pas anodine. Elle illustre la volonté de Moscou d’institutionnaliser sa présence sécuritaire sur le continent africain, en passant d’une logique de mercenaires à une coopération interétatique formalisée. Lors de la visite, le ministre russe de la Défense, Andreï Belooussov, a rencontré son homologue malien, le général Sadio Camara. Ils ont affirmé vouloir renforcer la sécurité et la souveraineté du Mali à travers des résultats “concrets”.
Une stratégie d’émancipation vis-à-vis de l’Occident
Depuis sa prise de pouvoir en 2021, la junte malienne a opéré un virage diplomatique clair. Exit la coopération militaire avec la France, rupture avec les anciennes alliances occidentales, retrait de la MINUSMA… Bamako s’est résolument tourné vers l’Est, faisant de la Russie son nouveau principal partenaire.
Ce choix est aussi idéologique. Dans un discours au ton anticolonial fort, le général Sadio Camara a salué “la lutte de la Russie contre le colonialisme et le nazisme”, en pleine référence aux tensions actuelles entre Moscou et l’Occident. Il a également accusé les pays occidentaux de mener diverses formes “d’agressions géopolitiques” contre les nations africaines.
Pour les autorités maliennes, cette coopération avec la Russie est donc perçue comme une opportunité de reconquête de la souveraineté nationale, trop longtemps dominée par des influences extérieures.
Quelles conséquences pour le Mali et la région ?
Le Mali, toujours confronté à une insécurité chronique dans le nord et le centre du pays, espère que cette alliance renforcée avec Moscou lui permettra de mieux lutter contre les groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Ces derniers mois, les attaques contre des postes de l’armée malienne se sont multipliées.
Mais cette coopération pourrait également provoquer des tensions avec les partenaires traditionnels du Mali, notamment la CEDEAO, l’Union européenne et les États-Unis. D’ores et déjà, certains analystes s’interrogent sur la réelle indépendance du Mali dans cette nouvelle alliance, et sur les conditions exactes de la présence d’Africa Corps sur le terrain.
Par ailleurs, l’annonce d’une future coopération dans le domaine du nucléaire civil soulève des questions : s’agit-il d’un partenariat purement symbolique, ou d’une stratégie de long terme pour le développement énergétique du pays ?
Un signal fort envoyé à toute l’Afrique
Cette rencontre au sommet envoie également un message au reste du continent : la Russie est de retour en Afrique, et elle compte y rester. Après la Centrafrique, le Soudan et la Libye, le Mali devient un partenaire privilégié de Moscou. Ce positionnement s’inscrit dans une volonté russe d’affirmer son influence sur un continent que beaucoup considèrent comme le théâtre de la prochaine grande compétition géopolitique mondiale.
Pour Assimi Goïta, c’est aussi une manière de légitimer son pouvoir sur la scène internationale. En s’affichant aux côtés de Vladimir Poutine, il cherche à prouver que le Mali n’est pas isolé, mais qu’il choisit ses alliés en fonction de ses intérêts stratégiques.
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