Démission de Issa Tchiroma : un séisme politique à quatre mois de la présidentielle au Cameroun

démission de Issa Tchiroma

La démission de Issa Tchiroma Bakary, ministre camerounais de l’Emploi et de la Formation professionnelle, a créé une onde de choc sur la scène politique nationale, à seulement quatre mois de la prochaine élection présidentielle. Cette décision, officialisée le 24 juin 2025, marque une rupture historique avec le régime du président Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quatre décennies.

Un départ symbolique et stratégique

Figure politique emblématique, Issa Tchiroma Bakary a été l’un des soutiens les plus visibles du régime Biya depuis près de 20 ans. Président du Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC), cet ancien ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement était devenu, au fil des années, une pièce maîtresse du dispositif politique présidentiel.

Sa démission n’est pourtant pas une totale surprise. Lors d’un récent séjour à Garoua, son fief électoral dans le Nord du pays, Issa Tchiroma s’était livré à une critique frontale du régime, dénonçant l’inefficacité de l’alliance avec le pouvoir, et pointant du doigt l’absence de résultats tangibles pour les populations locales. Il avait déclaré ne plus pouvoir appeler à voter pour Paul Biya, qu’il considère désormais comme « responsable des malheurs » du Nord.

Une lettre au ton grave

Dans la lettre adressée au président Paul Biya, Issa Tchiroma invoque des motifs moraux :

« Les attentes profondes de nos populations, notamment en matière de justice sociale, d’intégration nationale et d’équité territoriale, sont encore loin d’être comblées. Cette décision ne procède ni d’un désaveu personnel, ni d’un calcul politicien, mais d’un impératif moral : celui de rester fidèle aux engagements pris envers nos concitoyens. »

Le document, daté du 24 juin 2025, a également été transmis au Premier ministre Joseph Dion Ngute, à qui Issa Tchiroma avait annoncé sa décision la veille. Selon plusieurs sources, l’audience avec le chef du gouvernement a duré plus d’une heure.

Un coup dur pour Paul Biya

La démission d’un allié aussi influent représente un revers stratégique pour Paul Biya, particulièrement dans le Nord du Cameroun, considéré comme l’un des plus importants viviers électoraux du pays. En perdant le soutien d’Issa Tchiroma, le président voit s’effriter une base électorale sur laquelle il a toujours pu compter.

Ce départ pourrait également encourager d’autres figures du régime à prendre leurs distances, à l’approche d’une présidentielle déjà sous haute tension.

Une candidature en préparation ?

Selon plusieurs sources proches de l’ancien ministre, Issa Tchiroma Bakary ne compte pas se retirer de la vie politique. Au contraire, il envisagerait de se présenter à la présidentielle d’octobre prochain. Une réunion du comité central de son parti, le FSNC, est prévue ce vendredi à Garoua pour statuer sur sa possible investiture.

Une telle décision pourrait redessiner la carte politique camerounaise, en particulier si Issa Tchiroma parvient à rallier d’autres figures critiques du régime ou à capter une partie de l’électorat du Nord mécontent du statu quo.

Un parcours politique dense

Issa Tchiroma n’est pas un novice. Son engagement politique remonte aux années 90, lorsqu’il militait au sein de l’opposition pour plus de libertés démocratiques. Il est entré au gouvernement pour la première fois en 1992 en tant que ministre des Transports. Depuis, il a occupé plusieurs postes stratégiques, notamment celui de ministre de la Communication de 2009 à 2019, où il a également exercé les fonctions de porte-parole du gouvernement.

Son long compagnonnage avec le RDPC, le parti au pouvoir, a souvent suscité des critiques, notamment pour sa défense sans faille du régime, parfois perçue comme excessive. Sa décision de rompre avec ce système après tant d’années de fidélité donne aujourd’hui une tout autre dimension à son engagement.

Une recomposition politique inévitable ?

Cette démission soulève de nombreuses interrogations sur l’avenir politique du Cameroun. L’annonce de la candidature d’Issa Tchiroma pourrait provoquer une redistribution des cartes, dans un paysage jusque-là verrouillé autour de la figure du président Paul Biya.

La jeunesse, en quête de changement, pourrait voir en lui une alternative crédible, même si son passé de soutien indéfectible au pouvoir risque de nuire à sa légitimité. Tout dépendra de sa capacité à incarner un véritable renouveau, et non une simple revanche personnelle.

La démission de Issa Tchiroma est bien plus qu’un simple départ du gouvernement. C’est un signal fort, un tournant dans la vie politique camerounaise, et potentiellement le prélude à une nouvelle configuration électorale. À l’approche du scrutin d’octobre 2025, les regards seront tournés vers Garoua et les prochaines décisions du désormais ex-ministre. Le Cameroun est peut-être à l’aube d’un nouveau chapitre politique.

Lire l’article complet sur : Présidentielle 2025 au Cameroun : Paul Biya face au soutien du RDPC et à la mobilisation de Maurice Kamto

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