Le Cinquantenaire de la Cédéao, célébré à Accra au Ghana en avril 2025, marque un moment décisif dans l’histoire de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest. Cette commémoration n’est pas seulement l’occasion de regarder le passé avec fierté, mais aussi de réfléchir aux enjeux présents et aux défis de demain pour la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.
Une célébration festive… mais sous tension
Le 22 avril 2025, le président du Ghana, John Dramani Mahama, a donné le coup d’envoi des célébrations du Cinquantenaire de la Cédéao lors d’une cérémonie officielle dans la capitale, Accra. Plusieurs chefs d’État, dont ceux de la Côte d’Ivoire, du Togo et du Liberia, ont répondu présents pour honorer les 50 ans de l’organisation créée en 1975 à Lagos.
Cette fête, ponctuée de discours, de prestations culturelles, et de rappels historiques, visait à souligner les grandes réalisations de la Cédéao dans les domaines de la libre circulation des personnes, de la coopération économique, de la paix et de la sécurité. Mais l’ambiance, bien que festive, était teintée d’un arrière-goût d’inachevé : les absents étaient tout aussi remarqués que les présents.
L’absence marquante de l’AES
Les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) — à savoir le Mali, le Burkina Faso et le Niger — n’ont pas fait le déplacement à Accra, malgré une invitation officielle de la part du président ghanéen. Ces trois nations, fondatrices de la Cédéao, ont quitté l’organisation début 2023 à la suite de divergences politiques majeures, principalement liées à des sanctions imposées après les coups d’État militaires dans leurs pays respectifs.
Pourtant, la volonté de réconciliation était bien présente. Le Ghana, par l’intermédiaire de John Mahama, a multiplié les gestes diplomatiques en direction de l’AES. Visites dans les capitales sahéliennes, nomination d’un conseiller spécial pour maintenir le dialogue, signature d’accords bilatéraux… autant d’initiatives qui témoignent d’un engagement profond à reconstruire des liens rompus.
Une organisation à la croisée des chemins
Le Cinquantenaire de la Cédéao arrive à un moment charnière. Après cinq décennies d’existence, l’organisation régionale est confrontée à des crises multiples : insécurité grandissante dans le Sahel, contestation de sa légitimité par certains États membres, lenteurs dans la mise en œuvre des politiques communes, et méfiance croissante des populations.
Pour beaucoup d’observateurs, l’heure n’est pas seulement à la fête, mais à la refondation. Le président de la Commission de la Cédéao, Omar Touray, l’a exprimé avec clarté : « Il est temps de recalibrer notre vision. La Cédéao doit devenir une communauté de peuples, pas seulement une organisation de chefs d’État. »
Bilan : des réussites incontestables
Malgré ces difficultés, il serait injuste de passer sous silence les nombreux acquis de la Cédéao. Depuis sa création, l’organisation a permis :
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L’adoption d’un passeport commun et la suppression des visas entre les États membres.
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La mise en place d’un tarif extérieur commun pour faciliter les échanges.
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La création de la force d’intervention ECOMOG en réponse aux conflits armés.
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L’adoption de protocoles sur la démocratie et la bonne gouvernance.
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Le soutien à des initiatives transfrontalières en matière d’énergie, d’agriculture et de transport.
Ces avancées ont permis de tisser un lien concret entre les pays de la région, contribuant à une certaine stabilité, malgré les turbulences.
Une opportunité de réinvention
Aujourd’hui, le Cinquantenaire de la Cédéao constitue une véritable opportunité pour poser les bases d’une nouvelle vision. Une vision dans laquelle les peuples seront au cœur de l’action régionale, et non plus relégués au second plan. Une vision où les divergences politiques n’empêcheront pas le dialogue, et où la souveraineté nationale pourra coexister avec la solidarité régionale.
Le retrait de l’AES ne doit pas être vu comme une rupture définitive, mais plutôt comme une alerte salutaire. Il invite la Cédéao à se réinventer, à revoir ses modes de fonctionnement, et à moderniser ses institutions.
Conclusion : un cinquantenaire pour construire l’avenir
Le Cinquantenaire de la Cédéao n’est pas seulement un anniversaire. C’est un moment de vérité, une occasion de réfléchir collectivement à l’avenir de l’Afrique de l’Ouest. Entre les souvenirs glorieux du passé et les espoirs d’une intégration renouvelée, les choix faits aujourd’hui auront un impact déterminant pour les cinquante prochaines années.
Pour que la CEDEAO reste pertinente et légitime, elle devra continuer d’évoluer, d’écouter ses citoyens et d’agir avec courage dans un monde en mutation. Et c’est précisément à cela que sert un cinquantenaire : non pas à célébrer pour célébrer, mais à préparer l’avenir avec lucidité et ambition.
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