La présidentielle 2025 en Côte d’Ivoire s’annonce sous haute tension après une décision choc rendue par la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) ce jeudi 26 juin 2025. Les deux figures majeures de la scène politique ivoirienne, Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, ont vu leurs recours rejetés par la juridiction panafricaine basée à Arusha, en Tanzanie. Cette décision sonne comme un coup d’arrêt définitif à leurs ambitions présidentielles, cinq ans après avoir été déjà exclus du scrutin de 2020.
Une décision attendue… mais lourde de conséquences
Déposées en 2020, les requêtes de Gbagbo et Soro visaient à contester leur radiation des listes électorales, conséquence directe de leurs condamnations judiciaires respectives. Pour Laurent Gbagbo, la justice ivoirienne a confirmé une peine de 20 ans de prison pour le braquage de la BCEAO en 2011, malgré son acquittement par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité. Quant à Guillaume Soro, en exil depuis 2019, il a été condamné à 20 ans de prison pour recel de détournement de fonds publics, puis à la perpétuité en 2021 pour atteinte à la sûreté de l’État.
La Cour africaine, après analyse des deux dossiers, a jugé la requête de Soro « irrecevable » pour non-épuisement des recours internes. Concernant Gbagbo, les juges ont estimé qu’il n’a pas apporté la preuve des violations alléguées de ses droits. De ce fait, la CADHP a conclu que la Côte d’Ivoire n’avait pas enfreint les dispositions du droit international relatives à la participation aux affaires publiques.
Un bras de fer entre souveraineté nationale et justice supranationale
Cette affaire met en lumière un conflit juridique et politique de fond : la souveraineté ivoirienne face aux décisions des juridictions internationales. En 2020, après plusieurs décisions jugées contraignantes, Abidjan avait retiré sa déclaration de compétence à la Cour africaine des droits de l’homme, estimant que ses arrêts portaient atteinte à la souveraineté du pays.
Depuis ce retrait, l’État ivoirien considère que les décisions de la CADHP ne sont plus juridiquement contraignantes. C’est ce que rappelle d’ailleurs le gouvernement dans plusieurs communications officielles, notamment après que la Cour ait ordonné en 2020 la réintégration de Gbagbo et Soro sur les listes électorales. Cette décision n’a jamais été appliquée.
Une présidentielle verrouillée ?
À moins de quatre mois de la présidentielle du 25 octobre 2025, la scène politique ivoirienne semble de plus en plus verrouillée. Outre Gbagbo et Soro, deux autres opposants de poids sont également écartés : Charles Blé Goudé, ancien ministre de la Jeunesse, pour des raisons judiciaires, et Tidjane Thiam, exclu pour des problèmes de nationalité.
Cette accumulation de radiations électorales nourrit le sentiment d’un scrutin à sens unique, avec une opposition fragmentée et affaiblie. Le PPA-CI, parti de Gbagbo, s’est dit profondément déçu par la décision de la Cour. Son président exécutif, Sébastien Dano Djédjé, a rappelé que « la justice africaine elle-même avait exigé la réintégration de Gbagbo en 2020 ». Mais cette décision, bien que publique, n’a jamais eu d’effet concret.
Et maintenant ?
Alors que les regards se tournent vers les autres partis de l’opposition, une question persiste : peut-on parler d’élections libres et inclusives dans un tel climat ? Pour de nombreux observateurs, la légitimité du scrutin repose désormais sur la transparence du processus électoral et sur l’ouverture d’un dialogue national.
La communauté internationale reste discrète, préférant adopter une posture d’observation prudente. Mais en interne, de nombreuses voix s’élèvent pour appeler à un assainissement du jeu démocratique. Des analystes politiques estiment que la décision de la Cour africaine des droits de l’homme pourrait renforcer le sentiment d’exclusion au sein de l’opposition, voire créer un climat de tension avant l’échéance électorale.
La présidentielle 2025 en Côte d’Ivoire s’annonce comme un test majeur pour la démocratie ivoirienne. En écartant définitivement Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, la Cour africaine des droits de l’homme met un terme à un long feuilleton judiciaire, mais soulève de nouvelles interrogations sur l’équilibre entre justice nationale et droits politiques fondamentaux. À quelques mois du scrutin, le pays est à la croisée des chemins : démocratie consolidée ou élection contestée ?
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